Lorsque Simone Veil était à Bionville-sur-Nied

Mercredi matin, le docteur Francis Raphaël et Gérard Bazin étaient devant leur téléviseur pour suivre la retransmission de l’hommage national rendu à Simone Veil à Paris. Le médecin de Behren et le maire de Bionville-sur-Nied ont vécu l’événement avec le sentiment d’être un peu concernés. Chacun à leur manière.

 

Mercredi matin, le docteur Francis Raphaël et Gérard Bazin étaient devant leur téléviseur pour suivre la retransmission de l’hommage national rendu à Simone Veil à Paris. Le médecin de Behren et le maire de Bionville-sur-Nied ont vécu l’événement avec le sentiment d’être un peu concernés. Chacun à leur manière.

Gérard Bazin est le maire de Bionville-sur-Nied, petite commune du canton de Boulay où reposent les ascendants de l’ancienne ministre et académicienne Simone Veil. Il rappelle d’ailleurs que son village de 388 âmes a accueilli une forte communauté juive dès le XVIIIe siècle dont les grands-parents de Simone Veil, née Jacob. Ils reposent dans le petit cimetière israélite, légèrement éloigné du centre et sans panneau directionnel comme pour mieux préserver la sérénité et le respect des lieux. D’ailleurs, depuis l’annonce du décès de Simone Veil le 30 juin dernier, le premier magistrat n’a pas noté d’affluence particulière, « si ce n’est deux-trois voitures qui se sont arrêtées au cimetière », rapporte-t-il.

La personnalité la plus aimée des Français était venue se recueillir sur la tombe de ses aïeux, « dans les années 80 », tente de se souvenir Gérard Bazin. Lui avait à peine vingt ans. Il n’a pas croisé son chemin. « Elle avait été invitée par le maire de l’époque Marcel Halfen. C’était une visite strictement privée. » Il suppose qu’elle revenait de Strasbourg, du siège du Parlement européen dont elle a été la présidente de 1979 à 1982.

Vendredi dernier, le jour du décès de l’ancienne ministre de la Santé, le conseil municipal de Bionville a décidé de baptiser la place du village : Simone-Veil. « Ce sera fait l’an prochain, prévoit le maire. Il s’agit d’un lieu de repos et de promenade au pied du château que l’on appelle pour l’instant place du château ou place rose à cause du gravier rose qui recouvre le sol… »

Ce sera une manière pour les habitants de pérenniser la mémoire de personnalités qui ont marqué l’histoire de leur village et de leur annexe Morlange comme feu l’ancien maire Marcel Halfen, de confession juive, qui a aussi sa place.

 
« Elle nous a parlé de sa vie et de ses combats »
 

La photo de Simone Veil trône en bonne place dans son salon à Behren-les-Forbach. Le cliché date « de fin 2004 ou début 2005 », ne sait plus très bien le docteur Francis Raphaël. Mais ce dont il se souvient parfaitement c’est cette journée où il a eu « l’immense honneur de déjeuner et d’échanger avec Simone Veil à la faculté de médecine de Nancy lorsque le doyen Netter l’avait invitée à être la marraine de la promotion qui venait de réussir le concours de médecine à Nancy ». Simone Veil n’avait alors plus de fonctions gouvernementales mais était membre du Conseil constitutionnel et présidait la Fondation pour la mémoire de la Shoah. « Pendant plus de trois heures, elle a parlé de sa vie, de ses combats devant les membres du conseil de faculté et les étudiants. On entendait les mouches voler », se souvient le médecin, alors jeune professeur à la fac de médecine. Lors du déjeuner, « elle m’a rappelé qu’elle avait été sur la tombe de ses grands-parents au cimetière de Bionville-sur-Nied près de Faulquemont où sa famille était installée. Elle avait été reçue par un vieux maire de plus de 90 ans, M. Halphen et m’avait demandé s’il vivait encore ! ». Et le docteur Raphaël d’insister sur la double origine lorraine de Simone Veil. « Son mari Antoine Veil qu’elle avait épousé très jeune à son retour de déportation, était originaire de Blâmont. Ses beaux-parents avaient une filature à Val-et-Châtillon en Meurthe-et-Moselle, au pied du Donon. Elle nous a également appris qu’elle avait habité Nancy et que ses enfants étaient scolarisés rue Raugraff, en plein centre-ville. Des cousins de son époux habitent encore Rambervillers dans les Vosges. » Le professeur honoraire n’oubliera jamais cette journée et gardera le souvenir « d’une femme de conviction, d’une très grande dignité, d’une droiture remarquable, d’une éthique et d’un humanisme rayonnant ».

Odile BOUTSERIN.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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